Ce magnifique casque d’officier du Königlich Sächsisches Karabinier-Regiment (2. Schweres Regiment) – le Régiment royal saxon de Carabiniers (2e Régiment lourd) – incarne l’apogée de la splendeur militaire dans les dernières années de paix avant la Première Guerre mondiale. Fabriqué vers 1910, il représente la dernière version des casques de cavalerie lourde saxonne et constitue une pièce de collection d’une rareté et d’une qualité exceptionnelles.
Histoire du régiment
Le Régiment royal saxon de Carabiniers fut créé le 1er novembre 1849 en tant que 3e Régiment de Cavaliers (Reiter-Regiment), formé à partir d’éléments du Régiment des Gardes-Cavaliers ainsi que des 1er et 2e Régiments de Cavaliers, comptant initialement cinq escadrons. Le 1er avril 1867, un sixième escadron fut constitué et l’unité fut réorganisée en cavalerie lourde. La désignation honorifique “Karabinier-Regiment” fut accordée par ordre royal.
L’état-major régimentaire ainsi que les 1er, 2e et 4e escadrons étaient stationnés à Borna, en Saxe, tandis que les 3e et 5e escadrons se trouvaient à Pegau jusqu’en 1893, date à laquelle l’ensemble du régiment fut regroupé à Borna. Des casernes furent construites entre 1893 et 1901. Avant la Grande Guerre, le régiment formait la 40e Brigade de cavalerie (4e saxonne) de la 40e Division (4e royale saxonne) au sein du XIXe Corps d’armée (IIe royal saxon).
Les couleurs régimentaires étaient Argent-Bleu-Noir, symbolisant “Fidélité pure jusqu’à la mort”. Le régiment se distingua lors de la Guerre des Duchés (1864), de la Guerre austro-prussienne (1866) et de la Guerre franco-prussienne (1870-71).
Personnalités et chefs de régiment
Le Grand-Duc Carl Alexander de Saxe-Weimar-Eisenach fut nommé premier chef de régiment, fonction qu’il occupa de 1892 à 1901. Il fut suivi par Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar-Eisenach, chef de régiment de 1903 à 1918. Le régiment était considéré comme une unité d’élite où de nombreux fils de la noblesse saxonne servaient comme officiers. Parmi les membres les plus remarquables figuraient le peintre Fritz von Uhde et Victor Vieth von Golzenau, frère du célèbre écrivain Ludwig Renn.
Le casque : conception et construction
Les casques métalliques caractéristiques de la cavalerie lourde saxonne furent introduits en 1876 sur le modèle des casques de cuirassiers prussiens. Les deux régiments de cavalerie lourde saxons – le Garde-Reiter-Regiment (1er Régiment lourd) et le Karabinier-Regiment (2e Régiment lourd) – portaient ce type de casque. Cet exemplaire représente la version finale avec la nuque raide dite “lobster tail” (queue de homard).
La bombe du casque est en tombac doré (alliage cuivre-zinc à haute teneur en cuivre), de construction légère – une caractéristique distinctive de la qualité officier qui les différenciait des casques de la troupe. Les garnitures comprennent une grande étoile bombée argentée portant un grand blason saxon couronné et doré dans une couronne de laurier, des jugulaires à écailles bombées fixées sur des attaches en trèfle à vis, et les deux cocardes (impériale et saxonne) dans le grand modèle. La platine cruciforme argentée suit le modèle des Garde-Reiter, commun aux deux régiments de cavalerie lourde.
Le casque conserve son ensemble complet de garnitures sommitales interchangeables : un trichter de parade (pointe cannelée dorée) spécial accompagné d’un plumet de parade en crin de buffle blanc particulièrement long, ainsi qu’une haute et élégante pointe dorée de service pour le service quotidien. L’intérieur est fini à la plus haute qualité d’officier avec un bandeau de cuir clair, un cordon de soie blanche et une doublure en soie claire. La visière avant est doublée de cuir vert foncé et la nuque de velours noir.
Rareté pour les collectionneurs
Avec un effectif normal de seulement environ 40 officiers actifs, le Régiment de Carabiniers comptait considérablement moins d’officiers que le Garde-Reiter-Regiment, qui accueillait l’ensemble de la noblesse saxonne avec un fort renouvellement d’officiers et de nombreux officiers à la suite. Cette disparité rend les casques d’officier du Régiment de Carabiniers nettement plus rares que ceux du Garde-Reiter-Regiment. Cet exemplaire, d’une taille inhabituellement grande (60), est décrit comme ayant appartenu à un officier particulièrement grand. Il est conservé avec son grand coffret à casque doublé de cuir de daim clair et le tube en carton pour le plumet de parade.
La fin d’une époque
La fabrication de ce casque vers 1910 le situe dans les dernières années de paix, période où les uniformes de parade militaires atteignirent leur apogée en termes de magnificence. Durant la Première Guerre mondiale, le régiment combattit dans les régions baltes et en Finlande. À partir de 1915, les casques de parade furent remplacés par des casques d’acier pratiques. Après la défaite de l’Allemagne et l’abdication du roi de Saxe Frédéric-Auguste III en 1918, le régiment fut dissous en 1919. Depuis lors, ces casques sont devenus des pièces de collection très prisées et des objets de musée. Le Musée de Borna entretient depuis 2003 une exposition permanente intitulée “Die Blauen Reiter” (Les Cavaliers bleus) consacrée au régiment.
Ce casque constitue un témoignage extraordinaire de l’artisanat et de la grandeur martiale de l’ère wilhelmienne, tout en préservant la mémoire de l’un des régiments de cavalerie les plus prestigieux de Saxe.