Parmi l’immense diversité des coiffures militaires produites pour l’armée prussienne, rares sont celles qui suscitent autant d’admiration que la Pickelhaube des régiments de grenadiers à cheval. Cet exemplaire d’officier, fabriqué vers 1914 pour le Grenadier-Regiment zu Pferde Freiherr von Derfflinger (Neumärkisches) Nr. 3, incarne de manière exceptionnelle le prestige, la tradition et le savoir-faire artisanal de la cavalerie impériale allemande.
La Pickelhaube : un symbole de la puissance prussienne
La Pickelhaube fut adoptée par l’armée prussienne en octobre 1842 sous le règne du roi Frédéric-Guillaume IV et devint la coiffure militaire standard dans l’ensemble des États allemands à partir de 1887. Sa silhouette caractéristique — un corps en cuir surmonté d’une pointe métallique — est devenue le symbole par excellence de la puissance militaire prussienne puis allemande. À partir de 1892, un couvre-casque fut porté en service actif pour dissimuler les garnitures brillantes, mais lors des prises d’armes en garnison et des parades, la Pickelhaube était portée dans toute sa splendeur, affirmant l’identité régimentaire.
Le régiment : des dragons aux grenadiers à cheval d’élite
Le Grenadier-Regiment zu Pferde Nr. 3 possédait une lignée remontant à plus de deux siècles. Créé le 29 décembre 1704 comme régiment de dragons, il fut élevé au rang prestigieux de « Grenadiere zu Pferd » (grenadiers à cheval) en 1714. Cette désignation était historiquement réservée aux cavaliers les plus forts et les plus distingués, constituant une élite au sein de l’arme montée. Le régiment reçut sa dénomination définitive, Grenadier-Regiment zu Pferde Freiherr von Derfflinger (Neumärkisches) Nr. 3, en 1897, qu’il conserva jusqu’à sa dissolution en 1918/1919.
Sur le plan organisationnel, le régiment faisait partie du II. Armee-Korps, dont le quartier général se trouvait à Stettin, et était rattaché à la 4e brigade de cavalerie. Sa garnison était établie à Bromberg (aujourd’hui Bydgoszcz, Pologne). Lors de la mobilisation d’août 1914, le régiment partit en campagne au sein de l’armée impériale allemande et servit tout au long de la Première Guerre mondiale (1914–1918).
Caractéristiques distinctives du casque d’officier
Ce casque se distingue nettement des Pickelhauben de la cavalerie de ligne et de l’infanterie par plusieurs éléments propres aux régiments de grenadiers à cheval. L’élément le plus remarquable est la large plaque frontale à l’aigle de grenadier, exécutée en finition argentée mate (« givrée ») avec des bords polis. Les grenades enflammées estampées sur les rosettes argentées des jugulaires à écailles constituent le signe distinctif le plus important des unités de cavalerie de grenadiers, symbolisant le statut d’élite du régiment.
Le casque présente des jugulaires à écailles dorées bombées fixées à des rosettes argentées ornées de grenades enflammées, une base de pointe en forme de croix (Kreuzblatt) argentée avec des étoiles dorées, et une haute et élégante pointe de service. Les deux cocardes — nationale et d’État — sont présentes. L’intérieur est doublé de soie rose et garni de cuir de sueur brun clair, sous lequel se trouvent des plaques de fixation spéciales pour les rosettes à grenades enflammées. La pièce est de taille 56 1/2 selon la mesure allemande.
Conformément à la pratique établie pour les officiers commissionnés de l’armée prussienne, ce casque était un achat privé. Les officiers devaient acquérir leur équipement auprès de fabricants privés à leurs propres frais, ce qui se traduisait généralement par des matériaux et une facture supérieurs à ceux des casques de troupe distribués par l’État. La combinaison de garnitures argentées, de jugulaires dorées et de doublure en soie témoigne de cette qualité d’officier.
Personnalités notables du régiment
Parmi les membres connus du régiment, Arno von Lenski y entra comme lieutenant le 22 mars 1912 à Bromberg, avant de devenir une figure militaire de premier plan. Un personnage particulièrement remarquable fut Josef Mambo, né en 1885 à Tanga (Afrique orientale allemande), qui servit comme timbalier au sein du régiment. L’histoire officielle du régiment fut publiée en 1929 par Dr. Ernst Zipfel.
Dissolution et héritage
Après la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale et le traité de Versailles (1919), le régiment fut dissous avec l’ensemble de l’armée impériale allemande. Bromberg et sa région furent transférés au nouvel État polonais reconstitué. La Pickelhaube avait déjà été remplacée en service actif par le Stahlhelm (casque d’acier), introduit en 1916 face aux blessures dévastatrices causées par l’artillerie moderne.
Les traditions du Grenadier-Regiment zu Pferde Nr. 3 furent perpétuées durant la République de Weimar par le 3e escadron du 6e régiment de cavalerie (prussien) de la Reichswehr, assurant ainsi la préservation de cette longue et illustre lignée dans le paysage militaire transformé de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres.
Aujourd’hui, les Pickelhauben de la cavalerie de grenadiers prussienne figurent parmi les pièces les plus rares et les plus recherchées dans le domaine des objets militaires de l’Allemagne impériale. Ce casque d’officier du Grenadier-Regiment zu Pferde Nr. 3, avec ses motifs de grenades enflammées, son aigle argenté mat et ses garnitures dorées, constitue un témoignage remarquable des dernières années de la tradition militaire prussienne.