Cette coupe à fruits représente un témoignage fascinant de la politique du travail nationale-socialiste et de l'organisation connue sous le nom de Deutsche Arbeitsfront (DAF, Front allemand du travail), qui a existé de 1933 à 1945. Cette pièce de vaisselle de cantine n'est pas seulement un ustensile fonctionnel, mais aussi un instrument de propagande de l'office “Beauté du travail”.
Le Front allemand du travail fut fondé le 10 mai 1933 sous la direction de Robert Ley, après la dissolution violente des syndicats libres le 2 mai 1933. La DAF devint la plus grande organisation de masse du Troisième Reich avec plus de 25 millions de membres en 1939. En tant qu'organisation unifiée, elle devait réaliser la “communauté du peuple” (Volksgemeinschaft) dans l'entreprise et englober aussi bien les travailleurs que les employeurs.
L'office “Beauté du travail” (Schönheit der Arbeit, SdA) fut créé en novembre 1933 comme sous-organisation de la DAF et officiellement fondé le 27 novembre 1933. Sous la direction d'Anatol von Hübbenet, cet office poursuivait l'objectif d'améliorer les lieux de travail et les conditions de travail dans les entreprises allemandes – non pas pour des considérations sociales, cependant, mais pour augmenter la productivité et réaliser la pénétration idéologique du monde du travail. L'office propageait l'embellissement des halls d'usine et l'établissement de cantines, de lavabos et de salles de repos.
Le symbole caractéristique du SdA – une croix gammée dans une roue dentée – unissait l'idéologie nationale-socialiste à l'ère industrielle. Cet emblème figure sur cette coupe à fruits et l'identifie clairement comme faisant partie de l'équipement officiel d'une cantine d'entreprise conçue selon les directives de l'office “Beauté du travail”.
La fabrication par KPM (Manufacture royale de porcelaine de Berlin) revêt une importance particulière. Fondée en 1763 par Frédéric le Grand, la manufacture comptait parmi les producteurs de porcelaine les plus réputés d'Allemagne. Pendant l'ère nazie, KPM fut intégrée dans l'économie d'armement et de propagande et produisit non seulement de la porcelaine d'État représentative, mais aussi de la vaisselle utilitaire pour les organisations d'État. L'émail blanc et le design simple et fonctionnel correspondaient aux spécifications de la vaisselle de cantine, qui devait être robuste et hygiénique.
Les dimensions de la coupe – 21 cm de diamètre et 6,5 cm de profondeur – correspondent aux mesures standardisées de la vaisselle de cantine de cette période. De telles standardisations faisaient partie des efforts de rationalisation nationale-socialiste et permettaient une production de masse rentable.
La vaisselle de cantine de la DAF faisait partie d'un programme complet visant à contrôler et influencer la main-d'œuvre. Les cantines d'entreprise ne servaient pas seulement à l'alimentation, mais étaient des lieux de construction communautaire et d'éducation idéologique. Ici, la “communauté d'entreprise” nationale-socialiste devait être pratiquement vécue, dans laquelle les différences sociales étaient soi-disant abolies – une propagande qui dissimulait les relations de pouvoir réelles.
Après 1945, le Front allemand du travail fut dissous par les Alliés et ses actifs confisqués. Des objets comme cette coupe à fruits ont survécu comme témoins historiques d'une époque où même les ustensiles quotidiens servaient la pénétration idéologique. Aujourd'hui, de telles pièces sont des sources importantes pour la recherche sur la culture quotidienne et professionnelle nationale-socialiste.
D'un point de vue scientifique, cette vaisselle de cantine documente le lien entre politique sociale et propagande dans l'État nazi. L'office “Beauté du travail” n'était nullement une institution purement orientée vers le bien-être social, mais un instrument pour augmenter la performance et le contrôle politique. Le soin apparent servait finalement la préparation à la guerre et l'exploitation de la force de travail pour les politiques expansionnistes nationales-socialistes.