Prusse Casquette à visière pour un sous-officier du Garde-Kürassier-Regiment

Provenance Berlin, vers 1910. Forme selle. Drap blanc avec bandeau et passepoil bleus, complet avec les deux cocardes en exécution troupe, visière noire. Intérieur avec bandeau de cuir brun, doublure verte, taille 52. Le drap légèrement sali, trous de mites, état 2-.



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600,00

Prusse Casquette à visière pour un sous-officier du Garde-Kürassier-Regiment

La casquette à visière pour sous-officiers du Garde-Kürassier-Regiment représente une pièce significative de l'histoire militaire prussienne de la fin de l'ère impériale. Fabriquée vers 1910, cette coiffure incarne la hiérarchie stricte et la culture sophistiquée de l'uniforme de l'armée prussienne dans les années précédant la Première Guerre mondiale.

Le Garde-Kürassier-Regiment, stationné à Berlin, appartenait aux unités les plus prestigieuses de l'armée prussienne. Faisant partie de la cavalerie de la Garde, il entretenait des liens directs avec la maison royale prussienne et jouissait de privilèges et d'une attention particulière. Les cuirassiers, à l'origine des régiments de cavalerie lourde équipés de cuirasses, s'étaient transformés au début du XXe siècle en unités de cavalerie d'élite représentatives qui jouaient un rôle important lors des occasions cérémonielles.

La forme caractéristique en selle de la calotte de la casquette, également connue sous le nom de “forme plate”, était typique des casquettes à visière prussiennes de cette époque. Le drap blanc était la marque distinctive des régiments de cuirassiers et les différenciait clairement des autres armes. Le bandeau de casquette et le passepoil bleus correspondaient aux couleurs du régiment et étaient précisément définis selon les règlements d'uniforme prussiens. Cette combinaison de couleurs n'était pas choisie arbitrairement, mais suivait des traditions séculaires remontant à l'uniformisation sous Frédéric-Guillaume Ier et Frédéric le Grand.

Particulièrement remarquable est la version pour sous-officier de cette casquette. Dans l'armée prussienne, il existait une distinction stricte entre les différents grades, manifestée dans de nombreux détails de l'uniformisation. Les sous-officiers formaient l'épine dorsale de l'armée et occupaient une position intermédiaire entre les hommes de troupe et les officiers. Leur coiffure se distinguait de celle des simples soldats par des matériaux de meilleure qualité et certains insignes de grade, mais était moins élaborée que celle des officiers.

Les deux cocardes en version troupe sont une caractéristique d'identification essentielle. La plus grande cocarde noire avec bordure blanche et centre noir représentait la Prusse, tandis que la plus petite cocarde aux couleurs impériales noir-blanc-rouge symbolisait l'Empire allemand. Cette double cocarde était prescrite pour toutes les troupes prussiennes depuis 1897 et illustrait la dualité de loyauté : à la fois envers la maison royale prussienne et envers l'empereur allemand, qui détenait les deux fonctions en union personnelle.

Le bandeau de cuir brun à l'intérieur servait au confort et à la durabilité, tandis que la doublure verte correspondait au standard de l'époque. L'indication de taille de 52 faisait partie du système de tailles standardisé que l'armée prussienne avait développé pour la production de masse d'articles d'uniforme. La visière noire en cuir verni ou en fibre vulcanisée protégeait les yeux du rayonnement solaire et complétait l'apparence militaire.

La fabrication de telles casquettes à visière était effectuée par des usines spécialisées dans les effets militaires, qui travaillaient selon les spécifications strictes de l'administration militaire prussienne. À Berlin, lieu de garnison du Garde-Kürassier-Regiment, il existait plusieurs fabricants renommés qui approvisionnaient les unités de la Garde. La qualité de ces coiffures était nettement supérieure à celle des casquettes de campagne pour les régiments de ligne ordinaires.

Les années autour de 1910 marquent une période de floraison, mais aussi du début de la crise de l'Empire. L'armée se présentait dans de magnifiques défilés et manœuvres, mais simultanément l'Europe s'armait déjà pour le conflit à venir. Les uniformes de parade élaborés, auxquels appartenait cette casquette à visière, devaient être remplacés quelques années plus tard par des uniformes gris de campagne mieux adaptés aux réalités de la guerre moderne.

Après la Première Guerre mondiale et l'effondrement de la monarchie en 1918, ces pièces d'uniforme perdirent leur fonction officielle. Le Garde-Kürassier-Regiment fut dissous, et nombre de ses articles d'uniforme passèrent en possession privée ou furent conservés par des associations d'anciens combattants. Aujourd'hui, de tels objets sont d'importants témoins d'une époque révolue et permettent des aperçus de la culture militaire de l'Empire.

Les casquettes à visière conservées du Garde-Kürassier-Regiment sont aujourd'hui des pièces de collection recherchées et d'importants objets muséaux. Elles documentent non seulement la qualité artisanale de la production d'effets militaires de l'époque, mais aussi l'importance sociale accordée à la représentation militaire dans l'Allemagne wilhelminienne. En tant que partie de la culture matérielle de l'Empire, elles aident à comprendre la mentalité et les valeurs de cette époque.