Brassard de la Sturmabteilung (SA) “Hans von Manteuffel”, de la SA-Standarte Posen, SA-Gruppe Wartheland
Le brassard SA “Hans von Manteuffel” de la SA-Standarte Posen du SA-Gruppe Wartheland représente un document historique significatif de la structure organisationnelle nationale-socialiste dans les territoires polonais annexés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce brassard incarne le lien entre la tradition militaire et l'organisation politique de la Sturmabteilung (SA) dans les territoires orientaux conquis.
La Sturmabteilung, fondée à l'origine en 1920/21 comme organisation de combat paramilitaire du NSDAP, s'est développée en une organisation de masse comptant des millions de membres. Après la prise du pouvoir en 1933 et surtout après l'affaire dite de Röhm du 30 juin 1934, la SA perdit son importance politique originelle mais conserva sa structure organisationnelle avec des groupes, brigades, étendards et unités d'assaut.
Le Reichsgau Wartheland fut formé en octobre 1939 après l'invasion allemande de la Pologne, à partir de territoires polonais annexés. La région comprenait des parties de la Grande-Pologne et de Lodz et fut nommée d'après la rivière Warta. Arthur Greiser fut nommé Gauleiter et Reichsstatthalter. Le SA-Gruppe Wartheland émergea dans le cadre de l'enregistrement organisationnel de la population allemande et des Allemands ethniques dans ce Reichsgau nouvellement créé.
Posen (Poznań), la capitale historique de la Grande-Pologne, devint le centre administratif du Warthegau. La ville avait une importante minorité allemande avant 1918 et était considérée par le régime NS comme une ville “germanique” à “reconquérir”. L'établissement d'une SA-Standarte à Posen faisait partie de la pénétration nationale-socialiste des territoires conquis.
La dénomination d'après Hans von Manteuffel fait référence à la tradition SA de nommer ses unités d'après des membres tombés du mouvement ou des personnalités historiques. Ces désignations traditionnelles visaient à créer une continuité et à renforcer les liens idéologiques. Les brassards avec inscriptions de noms furent de plus en plus introduits à partir du milieu des années 1930 pour distinguer les unités spéciales ou les formations chargées de tradition.
Le spécimen présent montre la méthode de fabrication typique de tels brassards SA : une bande de base tissée noire avec lettrage brodé blanc ou argenté. La couleur noire était caractéristique de la SA, dont les uniformes étaient basés sur des éléments noirs. Les étiquettes en papier RZM (Reichszeugmeisterei) au verso indiquent la fabrication officielle et le contrôle par le bureau central d'approvisionnement du NSDAP.
La Reichszeugmeisterei fut fondée en 1929 et à partir de 1933 contrôlait la fabrication et la distribution de tous les uniformes, insignes et équipements du NSDAP et de ses subdivisions. Chaque fabricant autorisé recevait un numéro RZM, qui était noté sur les étiquettes. Ce marquage visait à assurer la qualité et à empêcher la production non autorisée. La présence de deux étiquettes RZM sur toute la longueur avec des extrémités cousues correspond aux règlements de fabrication des brassards SA officiels.
La structure organisationnelle de la SA dans le Wartheland reflétait l'importance que le régime accordait à l'enregistrement et au contrôle de la population allemande dans les territoires annexés. Alors que la SA perdait de plus en plus d'importance dans l'ancien Reich après 1934, elle reçut de nouvelles tâches dans les territoires nouvellement conquis liées à la “germanisation” et à l'administration.
Les brassards de ce type étaient portés sur le bras supérieur gauche de l'uniforme brun SA, environ 1 cm sous la couture de l'épaule. Ils servaient à l'identification immédiate de l'affiliation à l'étendard et étaient une partie intégrante de l'uniforme de service. L'obligation de port était précisément réglementée dans les règlements vestimentaires de la SA.
La rareté de tels brassards du Wartheland s'explique par plusieurs facteurs : l'existence relativement courte du Reichsgau (1939-1945), le nombre limité d'unités SA stationnées là-bas, ainsi que les pertes et destructions pendant la fin de la guerre et l'occupation soviétique. Beaucoup de tels objets furent délibérément détruits ou perdus.
Aujourd'hui, de tels objets possèdent exclusivement une valeur documentaire historique contemporaine. Ils illustrent la pénétration organisationnelle des territoires conquis par les structures national-socialistes et les tentatives d'intégrer de manière permanente ces territoires dans le Reich allemand. En tant que témoins matériels d'un régime criminel, ils servent la recherche historique et l'éducation sur les mécanismes des systèmes totalitaires.