Insigne d'honneur de 10 ans du Schlageter Gedächtnis-Bund e.V.

Insigne à tige de forme ovale haute, métal commun. Au revers avec le fabricant et la désignation de l'organisation “Schlageter Gedächtnis-Bund e.V. Sitz Hannover”, fabricant “R. Wächtler & Lange Mittweida”, numéro d'attribution 616. Au revers avec la double épingle typique. L'argenture et le noircissement ne sont plus visibles, légèrement corrodé.
Le Schlageter-Gedächtnisbund était très proche du NSDAP avant 1933, néanmoins à partir de 1934 le port de l'insigne d'honneur avec l'uniforme fut interdit.
470970
1.350,00

Insigne d'honneur de 10 ans du Schlageter Gedächtnis-Bund e.V.

La Médaille de 10 ans de service de l'Association du Souvenir Schlageter (Schlageter Gedächtnis-Bund e.V.) représente un chapitre fascinant de la culture mémorielle allemande pendant la République de Weimar et le début de la période national-socialiste. Cette insigne ovale haute en métal commun était portée par les membres qui avaient maintenu leur fidélité à l'association pendant dix ans, documentant le paysage politique complexe des années entre 1923 et la prise du pouvoir nazie.

Albert Leo Schlageter (1894-1923) était un combattant des Freikorps qui fut condamné à mort par un tribunal militaire français pour des actes de sabotage pendant l'occupation française de la Ruhr et exécuté le 26 mai 1923 à Golzheimer Heide près de Düsseldorf. Sa mort fit immédiatement de lui une figure symbolique de la résistance allemande contre l'occupation et les dispositions du Traité de Versailles. Divers cercles nationalistes et völkisch stylisèrent Schlageter en martyr et héros.

L'Association du Souvenir Schlageter, dont le siège était à Hanovre, fut fondée au milieu des années 1920 pour préserver et cultiver la mémoire de Schlageter. L'association appartenait au vaste mouvement d'organisations nationalistes de vétérans et de commémoration qui jouèrent un rôle politique important dans la République de Weimar. Ces organisations cultivaient le mythe de l'“armée invaincue” et de la “légende du coup de poignard dans le dos”, contribuant à la délégitimation de l'ordre démocratique.

L'insigne présente fut fabriquée par R. Wächtler & Lange de Mittweida en Saxe, une entreprise spécialisée dans la production d'insignes de clubs et d'associations. L'estampage au revers montre, outre la marque du fabricant, la désignation de l'association et un numéro d'attribution individuel (dans ce cas 616), indiquant une édition limitée et une documentation minutieuse des attributions. La double épingle typique au revers permettait une fixation sûre de l'insigne sur les vêtements.

Le design original comportait un placage d'argent et un noircissement, qui donnaient à l'insigne une apparence cérémonielle à fort contraste. De tels traitements de surface étaient courants pour les insignes de la période de Weimar et soulignaient la valeur de la décoration. La perte de ce traitement de surface par corrosion, souvent observée aujourd'hui, est typique des pièces en métal commun et atteste de l'âge des objets.

Particulièrement remarquable est la relation entre l'Association du Souvenir Schlageter et le NSDAP. Avant 1933, l'association était très proche du mouvement national-socialiste. Le NSDAP instrumentalisa le mythe Schlageter pour sa propagande. Joseph Goebbels écrivit un article sur Schlageter dès 1923, et Hanns Johst écrivit le drame “Schlageter” en 1933, qui fut créé pour l'anniversaire d'Hitler. La phrase “Quand j'entends le mot culture, j'enlève la sécurité de mon Browning” provient de cette pièce.

Paradoxalement, la prise du pouvoir nazie en 1933 ne conduisit pas à la promotion mais plutôt à la Gleichschaltung (coordination) et à la suppression de facto de l'Association du Souvenir Schlageter indépendante. À partir de 1934, le port de l'insigne avec l'uniforme fut interdit. Cette interdiction s'inscrivait dans la politique systématique des nationaux-socialistes visant à dissoudre toutes les organisations indépendantes ou à les intégrer dans les structures NS. Le NSDAP ne tolérait aucune culture mémorielle concurrente ni aucune association autonome de vétérans, même si elles étaient idéologiquement proches.

L'interdiction démontre l'ambivalence du régime NS envers les anciennes ligues de combat : d'une part, leurs mythes et symboles furent appropriés ; d'autre part, les organisations elles-mêmes furent neutralisées en tant que facteurs de pouvoir potentiels. La Loi sur l'aide aux victimes de guerre du Reich et les règlements ultérieurs contrôlaient précisément quelles insignes pouvaient être portées, excluant systématiquement les décorations des associations indépendantes.

Aujourd'hui, ces insignes sont d'importants documents historiques contemporains qui donnent un aperçu de la culture mémorielle et des structures organisationnelles de la fin de la République de Weimar. Elles documentent la création et le maintien de mythes politiques ainsi que les relations complexes entre les organisations nationalistes et le national-socialisme. Les numéros d'attribution relativement bas documentés sur les spécimens conservés suggèrent que malgré sa proximité avec le NSDAP, l'association avait un nombre de membres plutôt limité.