L'insigne de casquette des Schutzmannschaften en exécution tissée Bevo représente un témoignage important des unités de police auxiliaire collaborative établies pendant la Seconde Guerre mondiale dans les territoires d'Europe de l'Est occupés par l'Allemagne. Cet insigne particulier était destiné à la casquette de campagne modèle 1943 (Einheitsfeldmütze M 43) et était porté par les hommes de troupe de la Schutzmannschaft.
La Schutzmannschaft, fréquemment abrégée en Schuma, était une formation de police auxiliaire recrutée parmi les volontaires locaux dans les territoires orientaux occupés. Contrairement au Ordnungsdienst (Service d'ordre) qui opérait dans d'autres zones occupées, les Schutzmannschaften furent spécifiquement établies dans les régions sous administration civile allemande et étaient directement intégrées dans la structure de commandement de la SS et de l'Ordnungspolizei (Police d'ordre ou Orpo).
Le développement historique de ces unités commença immédiatement après l'invasion allemande de l'Union soviétique en juin 1941. Dès les premières semaines de l'opération Barbarossa, certaines régions manifestèrent une volonté de collaboration, particulièrement dans les territoires anciennement polonais de l'ouest de l'Union soviétique ainsi que dans les États baltes d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie. Fin juillet 1941, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler reconnut le potentiel de ces forces locales et ordonna l'expansion systématique des Schutzmannschaften.
La structure organisationnelle des Schutzmannschaften était complexe et comprenait diverses catégories. La Schutzmannschaft der Einzeldienst (Service individuel) fonctionnait comme police locale de protection et d'ordre dans les villes et communes. La Schutzmannschaft der Gemeindedienst (Service communal) était responsable des zones rurales. Cependant, la formation la plus importante était la Schutzmannschaft der Bataillone (Service des bataillons), des unités mobiles déployées pour diverses opérations.
Fin 1942, les Schutzmannschaften avaient atteint une force considérable d'environ 300 000 hommes. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la collaboration dans certains territoires occupés. Le recrutement s'effectuait pour divers motifs : attitudes antisoviétiques, anticommunisme, antisémitisme, nécessité économique ou désir d'une certaine autonomie sous la domination allemande jouaient tous un rôle.
L'équipement des Schutzmannschaften s'orientait vers les normes allemandes mais présentait aussi des particularités. L'uniformisation consistait souvent en uniformes soviétiques reteints ou en variantes de vareuses allemandes. Caractéristiques étaient les insignes et emblèmes spéciaux qui identifiaient l'appartenance à la Schutzmannschaft. L'insigne de casquette décrit ici en tissage Bevo représente la technique de fabrication typique des insignes textiles de cette période. Le procédé Bevo (nommé d'après la Bandfabrik Ewald Vorsteher de Wuppertal-Barmen) permettait la production mécanique d'insignes tissés de haute qualité et en grande quantité.
Les déploiements des Schutzmannschaften étaient divers et souvent criminels. Elles furent utilisées pour la garde des ghettos et des camps de concentration, participèrent à la persécution et au meurtre de la population juive, et prirent activement part aux opérations dites de lutte contre les partisans (Bandenbekämpfung) – un terme euphémistique pour des opérations brutales contre les partisans réels ou supposés et la population civile.
Particulièrement les bataillons Schuma furent impliqués dans de nombreux crimes de guerre. Des unités comme le Bataillon 101 d'Ukraine ou des bataillons baltes participèrent aux fusillades de masse et à la déportation de Juifs vers les camps d'extermination. La direction allemande utilisa délibérément ces formations pour des crimes afin de soulager les troupes allemandes et d'impliquer la population locale dans les crimes nazis.
La casquette de campagne modèle 1943, pour laquelle cet emblème était destiné, fut introduite à partir de 1943 dans la Wehrmacht et diverses formations allemandes. Elle remplaça progressivement les modèles de couvre-chefs plus anciens et se caractérisait par sa construction pratique adaptée au terrain. Les Schutzmannschaften reçurent également ce modèle de casquette dans le cadre de leur standardisation croissante selon les modèles allemands.
Après l'effondrement de la domination allemande en Europe de l'Est en 1944/45, la plupart des Schutzmannschaften se dissolvèrent. De nombreux membres s'enfuirent vers l'ouest, d'autres furent capturés par les troupes soviétiques. Dans l'après-guerre, de nombreux anciens membres des Schutzmannschaften furent condamnés en Union soviétique pour collaboration et crimes de guerre. Des procès eurent également occasionnellement lieu dans les pays occidentaux, surtout lorsque la participation à des crimes concrets pouvait être prouvée.
Des objets comme l'insigne de casquette décrit sont aujourd'hui d'importants témoins matériels de cette période sombre de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils documentent la structure organisationnelle et l'identité visuelle de ces formations et servent de matériel illustratif pour la recherche historique sur la collaboration, la domination d'occupation et les mécanismes de la tyrannie national-socialiste en Europe de l'Est.