Le U-Boot-Kriegsabzeichen 1918 (insigne de guerre sous-marine 1918) représente l'un des symboles les plus distinctifs de la force sous-marine allemande durant la Première Guerre mondiale. Institué par le Kaiser Guillaume II le 1er février 1918, cette décoration reconnaissait les équipages des sous-marins de la Marine impériale allemande au sommet de la campagne de guerre sous-marine sans restriction. L'introduction de l'insigne survint à un moment critique où les U-boote allemands jouaient un rôle décisif dans la stratégie maritime de l'Empire allemand.
L'exemplaire décrit ici, fabriqué en tombac doré (un alliage de laiton), provient de la succession de Hans Schüler, qui servit comme Oberleutnant zur See (lieutenant de vaisseau) pendant la Première Guerre mondiale et atteignit plus tard le grade de Kapitän zur See (capitaine de vaisseau). La carrière de Schüler incarne la continuité des officiers de marine allemands à travers deux guerres mondiales et l'entre-deux-guerres. L'insigne était décerné en classe unique sans grades ni variations, présentant une couronne de feuilles de laurier ovale horizontale avec la couronne impériale au sommet et un sous-marin allemand au centre tourné vers la droite.
Les critères d'attribution reflétaient les dangers de la guerre sous-marine. Initialement, l'insigne était conféré aux officiers, sous-officiers et marins qui avaient accompli au moins trois patrouilles de guerre réussies ou avaient été blessés au combat. Les critères furent par la suite simplifiés pour inclure ceux qui participèrent à deux patrouilles, à condition qu'ils aient accumulé au moins 150 jours de service actif en haute mer, les périodes d'attente côtières étant exclues du calcul. L'insigne se portait sur le côté inférieur gauche de l'uniforme.
Le UC-34, le sous-marin sur lequel Schüler servit, était un sous-marin mouilleur de mines de type UC II mis en service le 25 septembre 1916, opérant principalement en Méditerranée. Au cours de neuf patrouilles, l'UC-34 fut crédité du naufrage de 21 navires. Une action particulièrement lourde de conséquences eut lieu le 30 décembre 1917, lorsque le sous-marin torpilla le transport de troupes britannique HMT Aragon et le destroyer HMS Attack au large d'Alexandrie, causant 610 morts. Le sous-marin fut sabordé à Pola le 28 octobre 1918 lors de la reddition de l'Autriche-Hongrie.
Un document éclairant de la succession de Schüler est une transcription de télégramme du Chef d'état-major de la Marine datée du 2 septembre 1918. Ce télégramme confirme une patrouille réussie de 26 jours durant laquelle l'UC-34, sous le commandement de Schüler, posa des mines au large de Port-Saïd et coula des navires totalisant environ 19.800 tonneaux de jauge brute dans la Méditerranée orientale. Cette patrouille documente les opérations étendues des U-boote allemands jusqu'en Méditerranée orientale.
Schüler servit d'abord comme officier de quart puis comme commandant de l'UC-34 avant de prendre le commandement de l'UC-74 en 1918. L'UC-74, qui coula 37 navires au cours de dix patrouilles, fut interné à Barcelone le 21 novembre 1918 lorsqu'il manqua de carburant. Schüler demeura en internement espagnol jusqu'en avril 1919. L'UC-74 fut livré à la France le 26 mars 1919 et démoli à Toulon en juillet 1921.
Après la Première Guerre mondiale, Schüler vécut comme civil de 1919 à 1933 avant de rejoindre la Kriegsmarine. Sa carrière durant la Seconde Guerre mondiale se concentra sur les communications : en 1938 il devint chef de département au chantier naval de Kiel, dès le début de la guerre il occupa des commandements dans le nord de la France et à Brest, en 1941 il devint chef de département au Oberkommando der Marine (haut commandement de la Marine), et en 1943 il fut nommé chef du groupe de bureaux NWA. Après sa captivité britannique, il fut libéré en 1948.
Les détenteurs du U-Boot-Kriegsabzeichen 1918 conservèrent leurs insignes après leur départ de la Marine impériale. L'insigne fut réinstitué sous forme modifiée le 13 octobre 1939 pour la Seconde Guerre mondiale, la couronne impériale étant remplacée par l'aigle nazi. Les exemplaires anciens en tombac demeurèrent des témoignages d'une époque révolue de l'histoire navale allemande, marquée par les campagnes sous-marines dévastatrices de la Première Guerre mondiale.