Empire allemand Première Guerre mondiale Plaque en fonte “Deutsche Mauer 1917”
Plaques de propagande en fonte de la Première Guerre mondiale : la “Deutsche Mauer 1917”
Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), l'Allemagne a développé une forme remarquable de propagande du front intérieur : des plaques et médailles en fonte qui servaient à la fois d'objets de collection et de moyens pour renforcer le moral de la population civile. La plaque décrite ici, “Deutsche Mauer 1917” (Mur allemand 1917), est un exemple caractéristique de ces objets commémoratifs de guerre.
Contexte historique de 1917
L'année 1917 marqua un tournant critique de la Première Guerre mondiale. Après trois années de combats dévastateurs, le Reich allemand se trouvait dans une position de plus en plus précaire. Les batailles de Flandre, auxquelles fait référence l'inscription “Flandrisch Feld” (Champ de Flandre), furent particulièrement brutales. La Troisième bataille de Flandre (juillet à novembre 1917), également connue sous le nom de bataille de Passchendaele, fit des centaines de milliers de victimes des deux côtés. Les troupes allemandes étaient en position défensive, tentant de repousser les offensives alliées.
La métaphore du “Mur allemand” reflétait la propagande officielle soulignant la fermeté et l'invincibilité de la défense allemande. Malgré la supériorité matérielle croissante des Alliés et les effets dévastateurs du blocus naval britannique, la direction allemande s'efforçait de maintenir la volonté de persévérer.
La fonte comme matériau symbolique
L'utilisation de la fonte pour de telles plaques n'était nullement fortuite. Au début de la guerre, le Reich allemand avait lancé la campagne “Gold gab ich für Eisen” (J'ai donné de l'or pour du fer), dans laquelle les citoyens étaient invités à échanger leurs bijoux en or contre des remplacements en fer pour soutenir le financement de la guerre. Le fer devint un symbole de sacrifice, de dureté et de vertus allemandes. La production de plaques et médailles en fer s'inscrivait parfaitement dans cet ordre symbolique.
Bon nombre de ces objets étaient fabriqués dans des fonderies qui produisaient normalement des biens industriels mais qui étaient maintenant partiellement reconverties pour une production essentielle à la guerre ou à des fins propagandistes. La surface rugueuse et non polie de la fonte renforçait le caractère martial de ces objets.
Iconographie et inscriptions
La représentation d'un “soldat lançant des grenades” au centre de la plaque est typique de l'iconographie guerrière de cette période. Le lanceur de grenades devint un symbole de la guerre moderne des tranchées. Cette arme était particulièrement importante dans les tranchées étroites et lors des combats rapprochés.
L'inscription de face “Flandrisch Feld u. Deutscher Held, eisern klingts durch alle Welt” (Champ de Flandre et héros allemand, cela résonne de fer à travers le monde) combine spécificité géographique et glorification idéologique. L'adjectif “eisern” (de fer/d'airain) joue à nouveau sur le matériau lui-même, renforçant les associations de dureté et d'inflexibilité.
Le revers avec son inscription “Neid u. Hass u. Stacheldraht, Kanonenschlag u. kaltes Grab, Heldenherz ist ohne Zag” (Envie et haine et fil de fer barbelé, coup de canon et tombe froide, le cœur du héros est sans crainte) présente une perspective sombre mais résolue. Elle nomme les réalités de la guerre - fil barbelé, tir d'artillerie, mort - mais insiste sur l'attitude héroïque du soldat allemand. Cette rhétorique visait à intégrer les horreurs de la guerre dans un cadre narratif significatif.
Fonction et distribution
De telles plaques remplissaient plusieurs fonctions. Elles servaient de :
- Outils de propagande pour renforcer le front intérieur
- Objets de collection pour les citoyens patriotes
- Pièces commémoratives de batailles ou d'années de guerre spécifiques
- Instruments de collecte de fonds pour les emprunts de guerre ou les organisations caritatives
Elles étaient souvent distribuées sur les marchés, par des organisations patriotiques ou dans le cadre de campagnes de dons. Le prix relativement bas et la production de masse permettaient une large distribution dans toutes les classes sociales.
La situation en 1917 et la réalité derrière la propagande
La rhétorique optimiste de la plaque contrastait avec la situation réelle du Reich allemand en 1917. La Révolution de Février en Russie et l'entrée imminente des États-Unis dans la guerre en avril 1917 changèrent fondamentalement la situation stratégique. Sur le front intérieur, les pénuries alimentaires et le dur “Hiver des rutabagas” de 1916/17 entraînèrent un mécontentement croissant. Les grèves et les manifestations se multiplièrent.
Dans ce contexte, de telles plaques de propagande peuvent être comprises comme des tentatives de maintenir l'engagement d'une population de plus en plus lasse de la guerre. L'accent mis sur l'héroïsme, la fermeté et le “mur de fer” visait à dissiper les doutes et à maintenir la croyance en une victoire allemande.
Valeur de collection et signification historique aujourd'hui
Aujourd'hui, ces plaques en fonte sont d'importants artefacts historiques qui offrent un aperçu de l'histoire des mentalités et des stratégies de propagande de la Première Guerre mondiale. Elles documentent comment les États ont tenté d'influencer l'opinion publique par la culture matérielle et les objets symboliques. Pour les collectionneurs et les historiens, elles constituent des sources précieuses pour comprendre l'expérience du front intérieur et la culture visuelle de la guerre.
La plaque “Deutsche Mauer 1917” illustre la détermination désespérée d'un Reich qui pouvait déjà reconnaître les signes de sa défaite imminente mais qui tentait néanmoins de maintenir l'esprit combatif par des gestes symboliques et des artefacts propagandistes.