Parmi les objets militaires les plus rares de l'ère napoléonienne, ceux provenant du Royaume de Westphalie occupent une place tout à fait singulière dans le monde de la collection. Ce casque de troupe des Gardes du Corps du roi Jérôme Bonaparte constitue un témoignage exceptionnel d'un État éphémère mais historiquement significatif, satellite de la France napoléonienne.
Le Royaume de Westphalie – Un État client de Napoléon
Le Royaume de Westphalie fut créé par Napoléon en 1807 en fusionnant des territoires cédés par le Royaume de Prusse lors de la Paix de Tilsit. Cet État client de la France, situé sur le territoire de l'Allemagne actuelle, exista de 1807 à 1813. Bien que formellement indépendant, il était gouverné par le plus jeune frère de Napoléon, Jérôme Bonaparte. Napoléon chercha à modeler l'armée westphalienne sur le système français, créant ainsi un établissement militaire qui reflétait les principes organisationnels français tout en développant ses propres caractéristiques.
Les Gardes du Corps – La Garde royale
En 1808, la Garde westphalienne fut établie, comprenant un bataillon d'infanterie de grenadiers, un bataillon d'infanterie de chasseurs (Jäger), un régiment de cavalerie de chevau-légers et un escadron de cavalerie des Gardes du Corps. La cavalerie de la Garde se composait d'un seul escadron d'environ 100 hommes, dont le rôle principal était la protection du Roi.
Il est remarquable que Napoléon lui-même s'opposa à la création des Gardes du Corps, estimant qu'une telle unité n'était pas appropriée pour sa famille. Malgré ses objections, l'unité fut maintenue et devint un symbole des ambitions royales de la cour westphalienne.
Les Gardes du Corps portaient des uniformes similaires à ceux des cuirassiers français, mais avec des différences notables : ils étaient équipés de demi-cuirasses — ne portant qu'une plaque de poitrine sans plaque dorsale — et de Raupenhelm (casques à chenille). Cette combinaison distinctive conférait à l'unité une apparence unique et imposante.
Le Casque – Un Raupenhelm des Gardes du Corps
Ce casque est un Raupenhelm, coiffure caractéristique des Gardes du Corps. Sa haute bombe est construite à partir de deux moitiés d'acier poli. Un grand cimier en laiton surmonté d'une chenille de laine noire couronne le casque, le devant du cimier étant orné d'une tête de lion sculptée. En dessous se trouve le grand écusson en laiton portant le chiffre couronné “JN” pour Jérôme Napoléon — l'insigne définissant qui identifie sans ambiguïté ce casque au roi de Westphalie. De grandes jugulaires à écailles plates, des décorations en forme d'étoile sous les rosettes et des ornements floraux en laiton sur les côtés complètent la riche décoration. Un porte-plumet sur le côté gauche accueille un plumet blanc. Les visières avant et arrière sont bordées de baguettes en laiton, la visière arrière étant doublée de cuir noir et la visière avant de cuir vert. L'intérieur conserve la bande de cuir de sudation originale et la doublure originale en toile de jute.
Les sources confirment que les officiers des Gardes du Corps portaient des casques distincts, un casque d'officier de la période 1809–1813 étant documenté séparément. L'exemplaire présenté ici est explicitement un casque d'homme de troupe (Mannschaften).
La Campagne de 1812 et la Fin de la Westphalie
En 1812, le Royaume de Westphalie engagea une force militaire considérable dans la campagne de Russie de Napoléon. Avec le Ve Corps (Polonais), le VIIe Corps (Saxons) et le IVe Corps de cavalerie, le VIIIe Corps westphalien fut affecté à la 2e Armée de soutien sous le commandement de Jérôme Bonaparte. Le 24 juin 1812, le corps comprenait 15 885 fantassins en 18 bataillons, 2 050 cavaliers en 12 escadrons et 34 pièces d'artillerie.
Néanmoins, après avoir été sévèrement critiqué dans une lettre de son frère Napoléon, Jérôme démissionna de son commandement le 14 juillet et rentra en Westphalie. Le roi Jérôme quitta l'armée à la mi-juillet et ramena les Gardes du Corps à Kassel. Les conséquences pour le reste du contingent westphalien furent catastrophiques : à la fin de la campagne, sur les 25 000 soldats et 800 officiers initiaux du Royaume de Westphalie, seuls 600 hommes et 18 officiers revinrent, tandis que 600 autres désertèrent pour rejoindre la Russie.
Le chapitre final s'écrivit avec la Bataille de Leipzig le 19 octobre 1813. Les troupes prussiennes occupèrent la Westphalie le 26 octobre, et le royaume fut dissous, restaurant le statu quo de 1806, à l'exception des comtés de Rietberg et Stolberg-Wernigerode, annexés par la Prusse. Lorsque le Royaume de Westphalie prit fin en septembre 1813, l'escadron des Gardes du Corps fut dissous.
La Postérité des Gardes du Corps
Un détail fascinant concernant la survie de ces objets mérite d'être relevé : il est documenté que lors du Carnaval de Cologne au XIXe siècle, des casques et des cuirasses des Gardes du Corps furent pendant un temps utilisés comme accessoires de déguisement. Cet usage secondaire comme accessoire de carnaval peut expliquer à la fois comment certaines pièces ont survécu et l'état dans lequel elles nous sont parvenues.
Un témoignage visuel de l'unité subsiste dans un tableau de François Josèphe Kinson, daté de 1809/10, représentant le roi Jérôme portant l'uniforme de ses Gardes du Corps dans le parc du château de Napoleonshöhe.
Ce casque constitue un témoin tangible du projet ambitieux de Napoléon de refaçonner l'Europe — un projet qui, dans le cas de la Westphalie, produisit un royaume ayant duré à peine six ans, mais ayant laissé derrière lui des artefacts d'une splendeur militaire remarquable.