Ce Fanfarentuch (bannière de fanfare) du Leibgarde-Husaren-Regiment constitue un remarquable exemple de textile militaire cérémoniel prussien datant d’environ 1900. Réalisé en broderie fine à la main avec des fils métalliques d’or et d’argent sur soie rouge, il incarne le prestige représentatif de l’un des régiments de cavalerie les plus distingués de l’armée prussienne et offre un aperçu rare des pratiques cérémonielles du Gardekorps (Corps de la Garde) sous l’Empire allemand.
Le Leibgarde-Husaren-Regiment – Origines et histoire
Le Leibgarde-Husaren-Regiment était un régiment de cavalerie prussien qui exista de 1815 à 1919 et faisait partie du Gardekorps. Le régiment fut créé le 21 février 1815 sous le nom de Garde-Husaren-Regiment, formé à partir de l’escadron de hussards de la Garde du régiment de cavalerie légère de la Garde (Garde-Husaren-Eskadron des Leichten Garde-Kavallerie-Regiments) et de trois escadrons du régiment de cavalerie nationale de Prusse orientale (Ostpreußischen National-Kavallerie-Regiments). D’abord stationné à Berlin, le régiment fut transféré à Potsdam en 1829, cette ville de garnison immédiatement adjacente à Berlin où résidait la famille royale.
Un moment décisif dans l’histoire du régiment survint avec l’accession au trône du Kaiser Guillaume II. Le 19 juin 1888, le nouveau empereur et roi de Prusse se nomma chef du régiment et rebaptisa l’unité Leibgarde-Husaren-Regiment. Ce changement de dénomination soulignait la proximité particulière du régiment avec le souverain et son statut élevé au sein de la Garde prussienne.
Faits d’armes
Le régiment se distingua dans les guerres décisives de l’unification prussienne. Lors de la guerre de 1866 contre l’Autriche, il participa aux batailles de Soor et de Königgrätz. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870/71, le régiment combattit avec la 1re division de la Garde à la bataille de Gravelotte le 18 août et à Sedan le 1er septembre 1870 — deux des engagements les plus importants de ce conflit.
La bannière de fanfare – Description et fonction
La bannière est confectionnée en soie rouge et mesure 50 × 55 cm. Sur l’avers, les deux côtés présentent la grande étoile de la Garde couronnée (Gardestern) en broderie fine à la main avec des fils métalliques d’or et d’argent. Le revers porte le chiffre couronné « WR » — pour Wilhelm Rex, désignant le Kaiser Guillaume II, dernier empereur allemand et roi de Prusse qui régna de 1888 à 1918. La bordure est garnie de galon d’or (Goldtresse), avec des franges dorées en partie inférieure. Sept boucles de fixation en cordon d’or au sommet permettaient le montage sur une trompette de fanfare.
Les trompettes de fanfare sont des instruments en laiton dotés de pavillons allongés ; la longueur supplémentaire du pavillon permet d’y suspendre une petite bannière cérémonielle. Ces bannières richement décorées étaient portées par les musiciens à cheval lors des défilés et occasions cérémonielles, conférant une dimension visuelle majestueuse au déploiement musical de la cavalerie de la Garde.
Variantes au sein du Corps de la Garde
Des bannières de fanfare furent produites pour divers régiments de cavalerie de la Garde prussienne, notamment le Garde-Kürassier-Regiment. Chaque régiment arborait des éléments de design distinctifs reflétant son identité. À titre de comparaison, le Regiment Garde du Corps possédait des bannières de fanfare en soie rouge à motifs avec la grande étoile de la Garde brodée à la main en fils métalliques, des couronnes prussiennes avec des nœuds hongrois dans les angles, une bordure en galon d’argent et des franges en soie rouge, mesurant 52 × 55 cm. Les différentes couleurs, emblèmes et bordures permettaient une identification visuelle immédiate de chaque unité — un élément essentiel du cérémonial militaire prussien.
Provenance et parallèle muséal
Cette bannière de fanfare provient de la collection de la famille Baron von Mirbach. Une trompette de fanfare avec une bannière identique est conservée au Deutsches Historisches Museum (Musée historique allemand) à Berlin (numéro d’inventaire 1286), ce qui souligne tant l’authenticité que l’importance historique de cette pièce.
La fin du régiment
À la suite de l’armistice de Compiègne, le régiment fut démobilisé d’ici janvier 1919 et finalement dissous. La tradition du régiment fut perpétuée dans la Reichswehr par décret du chef du commandement de l’armée, le général d’infanterie Hans von Seeckt, en date du 24 août 1921, par le 6e escadron du 4e régiment de cavalerie (prussien) stationné à Potsdam. Les bâtiments de caserne du régiment furent ensuite utilisés par la cavalerie de la Reichswehr, puis par les soldats blindés de la Wehrmacht, et à partir de 1945 par les troupes soviétiques. L’aile droite de la caserne servit aux unités du KGB soviétique jusqu’en 1994.
Cette bannière de fanfare représente une pièce de collection rare et significative qui documente de manière saisissante la magnificence cérémonielle de la cavalerie de la Garde prussienne à l’époque de Guillaume II, alliant la plus haute qualité artisanale à l’histoire d’un des régiments les plus prestigieux de l’armée prussienne.