Parmi les armes blanches les plus rares du Troisième Reich figure la RAD Ehrendolch für Führer (dague d’honneur du RAD pour officiers), modèle 1937/1938, dans sa variante de luxe la plus prestigieuse : une pièce de présentation avec lame en véritable acier de Damas et inscriptions dorées, offerte par le Reichsarbeitsführer Konstantin Hierl à l’Obergeneralarbeitsführer Wilhelm Busse. Fabriquée par la célèbre maison de Solingen Alcoso, cette pièce représente le sommet de l’artisanat et du prestige institutionnel au sein du Service du Travail du Reich.
Le Reichsarbeitsdienst – Contexte historique
Le Reichsarbeitsdienst (RAD), ou Service du Travail du Reich, fut établi le 26 juin 1935 par la loi sur le Service du Travail du Reich en tant que service obligatoire pour tous les hommes allemands âgés de 18 à 25 ans. L’organisation trouvait ses racines dans les services volontaires du travail de la République de Weimar, mais fut transformée sous le régime national-socialiste en une organisation paramilitaire obligatoire. La mission du RAD était d’employer les jeunes hommes dans des projets de travaux publics, principalement dans l’agriculture et la construction, avant leur service militaire. Le 11 juillet 1934, le NSAD avait été renommé Reichsarbeitsdienst, que Konstantin Hierl allait diriger en tant que chef jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Hierl fut nommé Reichsarbeitsführer le 26 juin 1935.
La dague d’officier du RAD – Classification et variantes
Le premier modèle de dague du RAD fut introduit en 1934 et était porté tant par les hommes du rang que par les officiers. Par la suite, un second modèle fut réglementé exclusivement pour les officiers. Le premier modèle devint de facto le modèle dit “EM” (Enlisted Man). La version pour hommes du rang existait en alliage de nickel massif pour les premières productions, puis en acier nickelé. La version pour officiers était initialement argentée, tandis que les versions ultérieures comportaient des garnitures en aluminium.
La dague d’officier était réservée aux officiers et sous-officiers supérieurs ; les simples travailleurs du service ne portaient pas de dague de service. Les grades de Führer commençaient au Truppführer et s’élevaient jusqu’au Reichsarbeitsführer. La dague se portait avec l’uniforme de sortie et lors d’occasions spéciales.
Description physique de cet exemplaire
Cet exemplaire de luxe présente des garnitures de poignée en aluminium avec des plaquettes de grip en celluloïd blanc (imitation d’ivoire), vissées au revers – matériaux conformes au modèle 1937/1938. Le fourreau argenté conserve sa patine d’origine et porte au revers les initiales gravées du propriétaire, “W B”.
Ce qui élève cette pièce au rang de l’exceptionnel est sa lame en véritable acier de Damas. Les dagues RAD de production standard utilisaient de l’acier ordinaire ; le Damas était réservé aux pièces de présentation de luxe. L’avers de la lame porte la devise dorée “Arbeit adelt” (Le travail ennoblit), tandis que le revers affiche l’inscription dorée “Für hervorragende Verdienste” (Pour services éminents) suivie de la signature en fac-similé doré de “Konstantin Hierl”. Ce format d’inscription est documenté sur les dagues de présentation du RAD et témoigne d’une récompense pour des performances exceptionnelles au plus haut niveau de l’organisation. La marque du fabricant indique “Alcoso A C S Solingen.”
L’ensemble est complet avec le baudrier spécial pour généraux du RAD en version de luxe. Les boucles portent au revers la mention “D.R.G.M.” (Deutsches Reichsgebrauchsmuster – brevet d’utilité du Reich allemand), tandis que la bélière en cuir brun avec coulant nickelé est marquée “Ges. gesch. OLC” au revers.
Le fabricant – Alcoso, Solingen
Alcoso était le nom commercial de la Alexander Coppel & Co. KG, Stahlwarenfabrik, un important fabricant d’armes blanches situé à Solingen. En 1936, l’entreprise fut “aryanisée” et, vers 1940, les initiales de la marque furent changées de ACS en AWS. Puisque cette dague porte encore la désignation “A C S”, elle date de la période antérieure à ce changement.
Le récipiendaire – Obergeneralarbeitsführer Wilhelm Busse
Wilhelm Busse naquit le 20 mars 1878 à Berlin et décéda le 9 décembre 1965 à Kiel. Durant la Première Guerre mondiale, il servit comme officier de marine en Méditerranée et fut mis à la retraite en 1920 avec le grade de Kapitän zur See (capitaine de vaisseau). Sous le Troisième Reich, Busse entama une carrière au sein du RAD, s’élevant jusqu’au grade d’Obergeneralarbeitsführer, un rang équivalent à celui de Generalleutnant (lieutenant-général) dans la Wehrmacht. Simultanément, à partir du 19 juillet 1939, il fut mis à la disposition de la Kriegsmarine et reçut en 1944 le brevet de Konteradmiral z.V. (contre-amiral de réserve).
Busse adhéra au NSDAP le 1er décembre 1930 (numéro de membre 389 464). En tant que fonctionnaire le plus haut placé du NSDAP au sein du RAD, il fut nommé président du tribunal juridique du RAD en 1934.
Les documents d’accompagnement
La dague est accompagnée d’un ensemble significatif de documents : une autorisation d’acceptation de la Croix de Commandeur de l’Ordre royal bulgare de Saint-Alexandre (Berchtesgaden, 27 août 1937), une autorisation similaire pour la Croix de Grand Officier du même ordre (Berlin, 26 septembre 1940), un certificat de remise de l’Insigne d’honneur du Mur de l’Ouest (Berlin, 26 janvier 1940), ainsi qu’un grand certificat de libération du Reichsarbeitsdienst avec le droit de continuer à porter l’uniforme, portant les signatures originales de “Frick” et “Hierl”.
Le donateur – Konstantin Hierl
Konstantin Hierl (24 février 1875 – 23 septembre 1955) fut le chef du Service du Travail du Reich et un Reichsleiter du parti nazi. Après 1945, Hierl fut arrêté et interné. Jugé devant un tribunal de dénazification, il fut reconnu coupable le 21 août 1948 en tant que “principal responsable” et condamné à trois ans de camp de travail, mais immédiatement libéré en raison du temps déjà purgé. En appel, sa condamnation fut confirmée le 22 décembre 1949.
Rareté et importance pour les collectionneurs
La combinaison d’une lame en véritable acier de Damas, d’inscriptions dorées et d’une dédicace personnelle de Hierl place cette dague au sommet des objets de collection du RAD. Les lames en Damas n’existaient pas sur les dagues de production standard et étaient exclusivement réservées aux pièces de présentation spéciales. Le marchand ayant proposé cette pièce a confirmé qu’il s’agissait de la première dague d’honneur du RAD avec inscription de présentation qu’il avait pu offrir en plus de 30 ans, soulignant l’extrême rareté de tels exemplaires. Après 1945, nombre de ces dagues furent emportées par les soldats alliés comme souvenirs de guerre ou détruites. Aujourd’hui, ce sont des objets de collection dont la possession et le commerce en Allemagne sont réglementés par le Code pénal, notamment en ce qui concerne l’exhibition de symboles anticonstitutionnels, le contexte historique et muséal revêtant une importance particulière.