Commandement de l'Armée - Commissariat Fédéral pour l'Internement et l'Hospitalisation - Carte d'identité pour la visite d'établissements

pour un soldat de première classe dans le secteur Aare au camp d'internement militaire Neuenkirch, délivrée par le commandant du camp le 15 novembre 1944; joint se trouve la fiche de données de l'homme en captivité française; état d'usage.
172337
150,00

Commandement de l'Armée - Commissariat Fédéral pour l'Internement et l'Hospitalisation - Carte d'identité pour la visite d'établissements

Cette carte d'identité pour visiter des établissements de 1944 constitue un témoignage remarquable de la politique de neutralité suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Délivrée par le Commissariat fédéral pour l'internement et l'hospitalisation du Commandement de l'armée, ce document témoigne de l'administration strictement réglementée du personnel militaire étranger interné sur le sol suisse.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse occupait une position particulière en tant qu'État neutre. Conformément aux Conventions de La Haye, elle était obligée d'interner les belligérants entrant sur son territoire. Entre 1940 et 1945, environ 104 000 soldats étrangers furent internés en Suisse, dont des Polonais, des Français, des Italiens, des Américains, des Britanniques et, vers la fin de la guerre, des Allemands. Le groupe le plus important était constitué de soldats français, notamment après l'effondrement de la France en juin 1940 et plus tard de membres de la Résistance française.

Le camp d'internement militaire de Neuenkirch dans le canton de Lucerne était l'un des nombreux camps répartis dans toute la Suisse. Ces camps différaient considérablement des camps de prisonniers de guerre des nations belligérantes. La Suisse s'efforçait de traiter les internés humainement, bien que les conditions variaient selon les camps et les périodes. Les camps étaient divisés en différentes sections, comme la “Section Aare” mentionnée ici.

Cette carte d'identité fut délivrée le 15 novembre 1944, donc pendant la phase finale de la guerre. À cette époque, des milliers de soldats internés se trouvaient encore en Suisse. Le document autorise un caporal à visiter des établissements, ce qui illustre la liberté de mouvement relative accordée aux internés. Toutefois, ces libertés étaient strictement réglementées et variaient selon le grade, la nationalité et le comportement des internés.

Le Commissariat fédéral pour l'internement et l'hospitalisation était l'autorité administrative centrale subordonnée au Commandement de l'armée. Cette organisation était responsable du logement, de l'alimentation, des soins médicaux et de l'emploi des internés. Les autorités suisses ont développé un système complexe de règlements et de laissez-passer pour contrôler les mouvements des internés tout en permettant une certaine normalité dans leur vie quotidienne.

La possibilité de visiter des établissements était un aspect important de la politique d'internement. Elle permettait aux soldats de maintenir des contacts sociaux et d'échapper temporairement à la monotonie de la vie du camp. Simultanément, elle présentait des défis pour les autorités suisses : la population locale réagissait différemment à la présence de soldats étrangers, et il y avait des préoccupations concernant la discipline, la consommation d'alcool et les tentatives d'évasion possibles.

La fiche de données de la captivité française jointe est particulièrement révélatrice. Elle suggère que ce soldat était initialement en captivité allemande avant d'arriver en Suisse. Le passage de la captivité allemande à l'internement suisse n'était pas rare, en particulier pour les soldats français. Certains se sont échappés de camps allemands ou ont été libérés pendant des transports ; d'autres sont arrivés en Suisse neutre par des voies plus complexes.

La politique d'internement suisse a évolué au cours de la guerre. Au début, les règles étaient plus strictes, mais avec le temps et la confiance croissante envers certains groupes d'internés, les conditions se sont assouplies. Les officiers jouissaient généralement de privilèges plus importants que les simples soldats et pouvaient souvent se déplacer plus librement. Un caporal comme le titulaire de cette carte se situait relativement bas dans la hiérarchie militaire, ce qui rend la délivrance d'un tel laissez-passer remarquable.

Les commandants de camp jouaient un rôle central dans l'administration quotidienne des camps d'internement. Ils disposaient d'un pouvoir discrétionnaire considérable pour accorder des privilèges et faire respecter la discipline. Le commandant de Neuenkirch, qui a signé ce laissez-passer, était responsable de centaines voire de milliers d'internés.

Après la fin de la guerre en 1945, la plupart des internés ont été rapidement rapatriés. La Suisse a dû supporter les coûts énormes de l'internement, qui ont été partiellement remboursés ultérieurement par les États concernés. L'expérience de l'internement a eu des effets à long terme sur la politique militaire et d'asile suisse.

Aujourd'hui, de tels documents constituent des sources historiques importantes. Ils documentent non seulement les pratiques administratives des autorités suisses, mais aussi les destins individuels des internés. L'“état usagé” du document témoigne de son utilisation réelle et lui confère une authenticité supplémentaire en tant qu'artefact historique.