L'insigne de la délégation participante à l'accord Dr. Ley - Cianetti de 1937 représente un chapitre significatif des relations germano-italiennes pendant l'ère national-socialiste. Cette rare épinglette documente un projet remarquable de politique sociale et étrangère qui démontrait la coopération étroite entre le Reich allemand et l'Italie fasciste.
En juin 1937, Dr. Robert Ley, chef de l'organisation du Reich du NSDAP et dirigeant du Front allemand du travail (Deutsche Arbeitsfront, DAF) ainsi que de l'organisation La Force par la Joie (Kraft durch Freude, KdF), et Tullio Cianetti, président de la Confédération syndicale italienne, ont signé un accord révolutionnaire. Cet accord régulait l'échange organisé de travailleurs entre les deux pays pour des voyages de vacances et visait à consolider les liens entre les deux régimes fascistes au niveau de la classe ouvrière.
Le Front allemand du travail fut fondé en 1933 après la dissolution des syndicats libres en tant qu'organisation unitaire de tous les “Allemands productifs”. Sous la direction de Ley, le DAF devint la plus grande organisation de masse du Troisième Reich avec plus de 20 millions de membres. L'organisation subordonnée La Force par la Joie organisait des activités de loisirs, des voyages de vacances et des événements culturels pour la classe ouvrière et servait d'instrument de propagande important du régime.
L'insigne lui-même est fabriqué comme une épinglette ovale haute en aluminium massif pressé, d'une hauteur de 50 millimètres. L'utilisation de l'aluminium était typique pour de nombreux insignes de cette période, car le matériau était peu coûteux et facile à travailler. L'inscription au verso, “Abkommen Dr. Ley - Ciantetti”, identifie clairement l'occasion et les deux acteurs principaux de cet accord historique. L'insigne était fixé avec une épingle verticale et porté par les participants des délégations officielles.
Tullio Cianetti (1898-1976) était une figure éminente du fascisme italien. En tant qu'ancien dirigeant syndical et membre du Parti fasciste, il joua un rôle central dans l'organisation de la classe ouvrière italienne selon les principes fascistes. Sa coopération avec Ley symbolisait la proximité idéologique entre le national-socialisme allemand et le fascisme italien dans le domaine de la politique du travail.
Les voyages KdF étaient un projet ambitieux du régime NS visant à permettre même aux travailleurs simples de prendre des vacances - un luxe auparavant réservé principalement aux classes plus aisées. Des croisières sur des navires spécialement construits comme le “Wilhelm Gustloff” ou des voyages en bus organisés visaient à favoriser la gratitude de la classe ouvrière envers le régime tout en servant d'instrument de propagande. L'accord avec l'Italie étendit ce programme à la sphère internationale, permettant aux travailleurs allemands de voyager en Italie tandis que les travailleurs italiens pouvaient visiter l'Allemagne.
Dans le contexte des relations germano-italiennes, l'accord s'inscrivit dans une phase de rapprochement politique et militaire croissant. En 1936, l'Axe Rome-Berlin avait été proclamé, et les deux pays soutenaient conjointement le camp nationaliste dans la guerre civile espagnole. L'accord Ley-Cianetti de 1937 compléta ces connexions hautement politiques par une dimension de politique sociale et culturelle destinée à démontrer l'“amitié entre les peuples” de l'Allemagne et de l'Italie au niveau de la classe ouvrière.
De tels insignes officiels étaient omniprésents dans le Troisième Reich et servaient divers objectifs. Ils légitimaient le porteur comme participant à des événements importants, créaient un sentiment d'appartenance à une élite et fonctionnaient comme des symboles visibles de loyauté envers le régime. La rareté de cet insigne spécifique suggère qu'il n'a été délivré qu'à un cercle limité de personnes - probablement aux membres des délégations officielles impliquées dans les négociations et la mise en œuvre de l'accord.
D'un point de vue historique, cet insigne illustre les méthodes multiformes par lesquelles les régimes totalitaires tentaient de gagner la loyauté de la population. La combinaison de politique sociale, d'activités de loisirs et de coopération internationale visait à souligner l'attractivité du système NS tout en démontrant simultanément la proximité idéologique avec les États fascistes alliés. L'insigne n'est donc pas seulement un artefact de collection mais aussi un document historique important des relations germano-italiennes dans la période d'avant-guerre et de la politique du travail et sociale national-socialiste.