La Croix de Chevalier de la Croix de Fer 1939 (Ritterkreuz des Eisernen Kreuzes) constitue l’une des décorations militaires les plus emblématiques de la Seconde Guerre mondiale. Elle fut instituée par Adolf Hitler le 1er septembre 1939 – jour de l’invasion de la Pologne – par décret publié au Reichsgesetzblatt I S. 1573. Cette décoration remplaçait les anciennes distinctions de bravoure de l’Empire allemand, notamment le Pour le Mérite, réservé exclusivement aux officiers et aux membres de l’aristocratie. À l’inverse, la Croix de Chevalier pouvait être décernée à des militaires de tous grades, sans distinction de statut social, conformément à l’idéologie nationale-socialiste. Les premières remises eurent lieu le 30 septembre 1939.
La hiérarchie des grades
La Croix de Chevalier constituait le grade de base d’un système à cinq niveaux. Au-dessus se situaient les Feuilles de Chêne (Eichenlaub, instituées le 3 juin 1940), les Feuilles de Chêne avec Glaives (instituées le 15 juillet 1941), les Feuilles de Chêne avec Glaives et Brillants (également instituées le 15 juillet 1941), et les Feuilles de Chêne dorées avec Glaives et Brillants (instituées le 29 décembre 1944, décernées une seule fois à Hans-Ulrich Rudel le 1er janvier 1945). En termes de préséance, la Croix de Chevalier n’était surpassée que par la Grand-Croix de la Croix de Fer, attribuée une seule fois à Hermann Göring le 19 juillet 1940.
Critères d’attribution et récipiendaires
La Croix de Chevalier récompensait une bravoure exceptionnelle au combat ou un commandement militaire remarquable. La possession préalable de la Croix de Fer de Première Classe 1939 était en principe requise, bien que les deux grades aient parfois été décernés simultanément. Les récipiendaires potentiels comprenaient les membres de la Wehrmacht (Heer, Kriegsmarine, Luftwaffe), de la Waffen-SS, du Reichsarbeitsdienst, du Volkssturm, ainsi que des personnels des forces alliées de l’Axe. Les nominations suivaient la chaîne de commandement militaire, l’approbation finale étant réservée personnellement à Adolf Hitler. Parmi les récipiendaires étrangers figuraient des militaires espagnols, finlandais, italiens, roumains, croates, slovènes et japonais. Selon l’Association des Titulaires de la Croix de Chevalier (AKCR), un total de 7 318 Croix de Chevalier furent décernées, bien qu’environ 200 cas manquent de preuves officielles. Les Archives fédérales allemandes documentent 7 161 attributions officiellement confirmées.
Fabrication par C.F. Zimmermann, Pforzheim
La présente pièce provient de la manufacture de la firme C.F. Zimmermann à Pforzheim, fournisseur officiel désigné par le code Präsidialkanzlei « 20 » et le code LDO « L/52 ». Zimmermann figurait parmi les six à sept entreprises chargées de la production de la Croix de Chevalier. Les autres fabricants comprenaient Steinhauer & Lück (le plus courant, marqué « 800 » ou « 4 »), C.E. Juncker (marqué « L/12 » ou « 2 »), Gebrüder Godet (marqué « 21 »), Klein & Quenzer (marqué « 65 ») et Otto Schickle (marqué « L/15 »).
La firme Zimmermann fournissait également des Croix de Chevalier à Gebrüder Godet & Co., Berlin, qui les présentaient dans des écrins de présentation spéciaux. Les deux entreprises utilisaient des matrices et des méthodes de production identiques. La différence distinctive entre les pièces Zimmermann et Godet réside dans le laquage du noyau en fer : les exemplaires Godet présentent un laquage mat et rugueux, tandis que les pièces Zimmermann se distinguent par une finition mate luisante (matt glänzend).
La croix adopte la forme d’une croix pattée – une croix aux bras étroits au centre et s’élargissant vers la périphérie – portée en sautoir au ruban noir-blanc-rouge caractéristique. Elle se compose d’un noyau en fer magnétique enchâssé dans une monture en argent au titre 800. L’avers porte une croix gammée au centre et la date « 1939 » sur le bras inférieur ; le revers présente la date « 1813 » sur le bras inférieur. L’anneau de suspension ovale en argent, caractéristique de la production Zimmermann, est poinçonné « 800 ». Les exemplaires Zimmermann documentés mesurent environ 54,9 × 48,8 mm.
Le grand écrin rouge de présentation
La Croix de Chevalier est accompagnée de son grand écrin rouge de présentation, mesurant 19,5 × 13,5 cm pour une hauteur de 20 mm. L’écrin est recouvert de cuir rouge et porte sur le couvercle un aigle national estampé à l’or. L’intérieur se compose d’un lit de velours noir avec des empreintes pour la croix et son ruban, tandis que le couvercle est doublé de soie blanche.
Histoire d’après-guerre
La dernière attribution juridiquement valide eut lieu avant la capitulation allemande à 23h01 (heure d’Europe centrale) le 8 mai 1945. Certaines remises effectuées après cette date – la dernière enregistrée le 17 juin 1945 – sont considérées comme de facto mais non de jure. Après la guerre, la République fédérale d’Allemagne interdit le port des insignes nazis. Le 26 juillet 1957, le gouvernement ouest-allemand autorisa des Croix de Chevalier de remplacement dénazifiées, où la croix gammée était remplacée par un bouquet de feuilles de chêne. La production de ces versions cessa en 1986. L’AKCR fut fondée en 1955 à Cologne par Alfred Keller. En 1999, le ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping interdit les contacts de la Bundeswehr avec l’AKCR en raison d’associations néonazies et revanchistes parmi ses membres.
L’usine Zimmermann de Pforzheim fut détruite lors du bombardement allié du 23 février 1945. Le présent ensemble est documenté dans l’ouvrage de référence de Harald Geißler, « Das Eiserne Kreuz von seinem Ursprung bis zur Gegenwart », aux pages 479 et 532.