Ce cadeau monumental incarne la culture des officiers prussiens du dix-neuvième siècle sous sa forme la plus impressionnante. Réalisée à Berlin en 1874, cette présentation fut offerte au colonel Karl von Hymmen par ses officiers lorsqu'il quitta le commandement du Garde-Husaren-Regiment après près de six années de service. Von Hymmen occupait une double position extraordinaire : il servait non seulement comme commandant de régiment, mais également comme Flügeladjutant du Kaiser, une position de la plus haute confiance qui n'était accordée que par sélection personnelle du monarque.
La famille von Hymmen était une famille noble prussienne anoblie au dix-huitième siècle. Karl von Hymmen dirigea le régiment du 28 juillet 1868 au 15 août 1874 à travers l'une des périodes les plus significatives de l'histoire militaire allemande. Le Garde-Husaren-Regiment fut fondé le 21 février 1815 et fut d'abord stationné à Berlin, puis à partir de 1823 à Potsdam. Faisant partie du Gardekorps, il appartenait aux unités d'élite de l'armée prussienne. Le régiment exista jusqu'en 1919, lorsqu'il fut dissous après l'armistice de Compiègne et la fin de la Première Guerre mondiale avec la monarchie.
La chronique de campagne gravée sur les faces latérales du socle documente la participation du régiment à la guerre franco-prussienne de 1870-71. Le côté droit enregistre les batailles de St. Privat la Montagne le 18 août 1870, Beaumont le 30 août 1870, Sedan le 1er septembre 1870, et le siège de Paris du 19 septembre au 20 décembre 1870. Le côté gauche énumère Querrieux le 24 décembre 1870, Péronne du 27 décembre 1870 au 10 janvier 1871, Bapaume le 3 janvier 1871, et St. Quentin le 19 janvier 1871. Ces engagements représentent le rôle central de la cavalerie prussienne dans les phases décisives de la guerre.
La plaque arrière préserve les noms des camarades qui servirent sous le commandement de von Hymmen : le major prince Wilhelm de Württemberg, le capitaine de cavalerie comte Wartensleben, le baron Geyr von Schweppenburg, Rundstedt, le comte zu Westerholt-Gysenberg, et de nombreux autres membres de la haute noblesse prussienne qui servirent comme officiers dans ce régiment prestigieux. La liste se termine avec le médecin-chef Dr. Puhlmann, soulignant la représentation complète du corps des officiers.
La figure en argent du porte-étendard présente l'uniforme de parade caractéristique des Garde-Husaren avec une attention extraordinaire aux détails : la pelzmütze (bonnet de fourrure) avec l'étoile de garde et le plumet de parade, l'attila avec la bandoulière pour l'étendard régimentaire, le dolman (fourrure) drapé sur l'épaule, la poche à sabre sur le côté gauche, le pantalon avec broderie indiquée, et les bottes typiques de hussard avec éperons attachés. L'étendard régimentaire lui-même est rendu avec chaque détail : le tissu de drapeau, la hampe avec deux anneaux doubles portant de fines gravures, la décoration de clous, et la courroie de portage sur l'épaule.
Debout sur un socle en marbre noir à quatre niveaux, le monument atteint une hauteur totale de 66 centimètres pour un poids de 26 kilogrammes. Deux niveaux du socle sont montés en argent. La face avant porte les armoiries de la famille von Hymmen, grandes et partiellement émaillées, dans une couronne de laurier, ainsi que la grande plaque de dédicace inscrite : “Seinem tapferen Freiherr und geliebten Commandeur dem Koeniglichen Oberst Fluegeladjutant seiner Majestaet des Kaisers und Koenigin Herrn Karl von Hymmen zur Erinnerung an die Zeit vom 28. Juli 1868 bi 15. August 1874 - Das Officierscorps des Garde-Husaren-Regiments.”
L'exécution est attribuée au joaillier berlinois Wagner & Sohn, un fournisseur renommé de la cour de la maison royale prussienne. La firme fut fondée par Johann Adam Wagner et, après 1873, poursuivie par Emil August Albert Wagner, qui à partir de 1859 collabora avec François Louis Jérémie Sy. L'entreprise était située Unter den Linden 30 à Berlin à partir de 1869. De tels cadeaux d'adieu faisaient partie intégrante de la culture des officiers prussiens, mais cet exemplaire est absolument unique par sa taille et son exécution. La pointe du drapeau fut renouvelée à une époque antérieure.