La médaille commémorative de la Deutsche Schutzdivision représente un chapitre important de l'histoire allemande d'après-guerre et documente la phase tumultueuse entre la fin de la Première Guerre mondiale et l'établissement de la République de Weimar. Cette grande plaque de bronze non portable mesurant 87 x 145 mm est un témoignage impressionnant du mouvement des Freikorps, qui joua un rôle central dans la politique intérieure allemande durant les années 1919-1920.
La Deutsche Schutzdivision (Division de Protection Allemande) fut formée en janvier 1919 à Zossen à partir de l'ancienne 31e Division d'Infanterie. Sa création eut lieu dans une période d'extrême instabilité politique, lorsque la jeune République de Weimar était confrontée à des soulèvements révolutionnaires et à la menace d'une guerre civile. Le gouvernement provisoire sous Friedrich Ebert et Gustav Noske se trouva contraint de recourir à des formations militaires de volontaires, l'armée impériale ayant été largement dissoute après la Révolution de Novembre.
La représentation symbolique sur l'avers de la plaque montre un soldat nu protégeant un jeune plant de chêne – une imagerie hautement allégorique. Le chêne symbolisait traditionnellement la force et l'endurance allemandes, tandis que la jeune pousse incarnait l'espoir d'un nouveau départ après la défaite de la guerre mondiale. Le soldat comme protecteur symbolise l'auto-perception des Freikorps comme gardiens de l'ordre national contre les bouleversements révolutionnaires.
L'inscription au revers “Landes-Schützen Korps - Deutsche Schutzdivision - Reichswehr Brigade 4 1919-1920” documente le développement organisationnel de cette formation. Le Landes-Schützen Korps était l'un des composants dont fut formée la Division de Protection. La transformation ultérieure en Brigade 4 de la Reichswehr montre la transition d'une formation de Freikorps à une unité régulière de la Reichswehr nouvellement créée.
Le déploiement le plus notable de la Deutsche Schutzdivision eut lieu lors de la répression du soulèvement spartakiste en janvier 1919 à Berlin. Ce soulèvement, mené par le Parti communiste d'Allemagne (KPD) et des dirigeants tels que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, visait une révolution socialiste suivant le modèle soviétique. La répression brutale du soulèvement, au cours de laquelle les deux dirigeants furent assassinés, marqua les relations entre la social-démocratie et les communistes tout au long de la République de Weimar.
De telles médailles commémoratives servaient plusieurs objectifs. Elles étaient principalement des symboles de camaraderie destinés à renforcer la cohésion des vétérans. En même temps, elles fonctionnaient comme des déclarations politiques qui renforçaient la nécessité et la légitimité supposées du déploiement des Freikorps. La taille et le matériau – bronze lourd – conféraient à l'objet un caractère monumental qui dépassait une simple distinction de participant.
Le mouvement des Freikorps de 1919-1923 était un phénomène aux multiples facettes. D'une part, ces formations stabilisèrent la République contre les soulèvements communistes; d'autre part, beaucoup de leurs membres étaient antidémocratiques et combattirent également la République elle-même, comme le démontra le Putsch de Kapp de 1920. De nombreux futurs dirigeants du NSDAP, dont de nombreux commandants de la SA, reçurent leur socialisation militaire dans les Freikorps.
La transformation de la Deutsche Schutzdivision en Brigade 4 de la Reichswehr s'effectua dans le cadre de la consolidation des forces armées sous le Traité de Versailles, qui prescrivait à l'Allemagne une armée professionnelle de 100 000 hommes maximum. L'intégration des unités de Freikorps dans la Reichswehr régulière fut un processus compliqué accompagné de tensions entre diverses factions militaires et politiques.
Du point de vue actuel, de tels objets commémoratifs sont d'importantes sources historiques. Ils documentent non seulement des faits d'histoire militaire, mais aussi la mentalité et l'auto-perception des soldats impliqués. L'imagerie symbolique et les motifs choisis donnent un aperçu des courants politiques et idéologiques de l'immédiat après-guerre. L'objet représente de manière exemplaire une période de l'histoire allemande durant laquelle la violence militaire devint un instrument de politique intérieure et posa les fondations de développements ultérieurs.